Monstre igné, qui, comme beaucoup de démons, succombe au fer et à l’argent ; malgré le destin funeste que lui réservent ces minéraux, il se réfugie dans les grottes et les mines. Le Feueraugen, toujours humanoïde, peut déguiser sa peau à la manière de n’importe quel homme, mais il ne possède aucun cheveu. Dans son mode sauvage, sa peau se compose de charbons ardents.
Les premières mentions de lui apparaissent dans un codex allemand créé entre 1300 et 1350. Dans ce manuscrit, la principale caractéristique que lui attribue l’auteur est un regard qui flamboie dans l’obscurité, ce qui lui vaut l’appellation d’Yeux de feu. Le texte contient un poème où un Feueraugen séduit une vierge afin de survivre. Dans le manuscrit enluminé, le démon arrive chez la jeune femme ; ils contractent mariage et célèbrent leurs noces. Des mois plus tard, au moment de l’accouchement, elle meurt calcinée en donnant naissance à un nouveau Feueraugen. De ces légendes, on déduit qu’il n’existe pas de démons de sexe féminin.
Ses apparitions se sont conservées comme partie du mythe ; cependant, dans son livre Démons régionaux de la Forêt-Noire, Peter Slotvack présente au moins huit cas enregistrés par la Sainte Inquisition à la fin du XVe siècle, où plusieurs femmes furent accusées d’avoir eu des relations avec un Feueraugen. Cette affirmation conduit Slotvack à remarquer la popularité, au XVIe siècle, de la « Müllerlied » ou « Chanson du meunier », où l’on raconte comment un paysan vit, dans la forêt, un Feueraugen attaquer une jeune femme après avoir découvert qu’elle n’était pas vierge. La chanson se termine par une morale accusatrice : la femme qui cherche le sexe avec un démon mérite le châtiment qu’il lui impose pour s’être éloignée de la foi catholique.
Au XIXe siècle, la figure du Feueraugen fut adaptée par le romantisme, surtout par Schmelel, pour transformer le démon en une femme mélancolique qui ne trouvait pas l’amour parmi les siens. Ce récit, « Die Feueraugenlein », présente des influences notoires de Hoffman et de Schlegel. La démone meurt lorsqu’un homme, amoureux d’elle, l’invite à voyager avec lui et lui remet une enveloppe. Elle l’ouvre, puis une chaîne de fer et d’argent tombe entre ses mains : signe d’amour éternel, selon les traditions allemandes de son temps. Au contact de ces métaux, elle s’éteint, se changeant en un nuage de cendres qui voyagent jusqu’au jeune protagoniste. En sentant qu’une particule entre dans ses yeux, il comprend qu’il a été rejeté.
Aujourd’hui, le mythe du Feueraugen semble perdu et ne subsiste que dans les recherches des folkloristes.
Ma mère m’a toujours demandé de me méfier des hommes. Cette nuit-là, je décidai de donner ma virginité à Azael. Je remarquai trop tard qu’une fois la lumière éteinte, ses yeux luisaient comme des torches de désir, et que le démon de la luxure se jetait sur moi.